Rélexions

Un article de AEC.

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Voici des réflexions qui me viennent de temps à autres dans ma vie de cavalier.

Sommaire

Avril 2007

Le tact équestre

En un mot, je dirais que le tact équestre est une complicité avec son cheval.
Pourquoi ai-je choisi ce mot plutôt qu’un autre ?

Pour pouvoir dire qu’on a du tact, il faut voir si on a de la connivence, une entente tacite avec son cheval, des attentions, de l’écoute, de l’entendement...

En général, les gens vont s’occuper de leur cheval (de loisir, détente ou de sport) après une journée de travail pendant laquelle ils ont vécu du stress (les professionnels, eux, sont pris par le stress de la compétition).
Nul ne conteste l’effet « hypothérapie ». Le fait d’aller passer du temps avec son cheval permet de s’évader. D’ailleurs, la plupart des gens s’occupent bien de leur compagnon, tant qu’ils sont à pied (pour le pansage et autre soins).
C’est déjà du tact que de lui accorder ce temps pour le masser, le frotter, le nettoyer, lui apporter des carottes ou autres gâteries. Ce temps n’est jamais perdu et permet de s’en faire un copain. Il conditionne souvent le reste de la relation, et surtout, il les humanise.
Bien entendu, avec certains chevaux turbulents, il faut faire preuve de fermeté afin de ne pas se faire bousculer. Souvent même, un peu de sévérité dans le début de la relation, permet de se faire craindre de son cheval. Après le cap de la crainte du maître (appelé leader chez les américains), si on lui montre qu’on peut aussi être doux et rassurant avec lui, il se mettra à nous respecter pour finalement devenir un vrai copain.

Mais tout ceci s’effondre souvent une fois qu’on se met en selle.
Les professionnels (ou les « bourgeois ») se font souvent préparer leur monture par un groom. La relation est donc inexistante jusqu’ici.
Mais continuons...
Je constate, chez la majorité des cavaliers, une surdité qui apparaît une fois qu’ils montent leur compagnon. On dirait qu’ils n’écoutent plus du tout ce que le cheval leur dit.
Le nez dans l’encolure, avec une assiette qui se contente, le plus souvent de suivre le mouvement, et dans le meilleur des cas, de pousser mécaniquement (quand ce n’est pas le marteau piqueur), les jambes tambours, brutales ou molles, et les mains qui se cramponnent, qui cisaillent pour « placer le cheval ».
Je me demande souvent si les cavaliers se rendent compte qu’ils font souffrir un animal...
On dirait qu’ils sont comme des robots qui essaieraient de faire rentrer un tuyau carré dans un rond. Ils s’obstinent indéfiniment sans jamais se remettre en question, sans jamais réfléchir à ce qui ne va pas. Et puis un jour, les cavaliers revendent leur cheval pour prendre un meilleur. Mais eux, ils n’ont toujours pas progressé ! On ne devrait changer de cheval que, parce qu’après avoir bien progressé en équitation, on sent que le cheval est limité physiquement sans pouvoir rien y faire (le tout devant être mis dans la balance : amour de son compagnon, envie d’aller plus loin, compétition...)
Je dis toujours que pour obtenir de la qualité dans un exercice, il faut faire toutes sortes d’exercices différents qui préparent le cheval dans son corps. Les chevaux ne sont pas toujours prêts pour faire ce qu’on leur demande. Ce sont des athlètes, il faut donc les travailler en tant que tel (étirements, stretching, endurance, gymnastique, ...). Un sportif de haut niveau ne bat pas le record du monde tous les jours...
L’erreur de jugeote la plus fréquente est d’aller monter son cheval en se disant que telle chose doit passer. JE VEUX Y ARRIVER. On s’obstine, on s’acharne, on devient dur, et pour finir, on devient sourd et agressif vis-à-vis de son cheval qui, quant à lui, devient complètement autiste.
Posez-vous la question avant de monter : « Est-ce que mon cheval est capable de faire les exercices que je vais lui demander aujourd’hui ? » moyennant un échauffement bien réalisé.
Ce n'est en faisant un exercice indéfiniment, jusqu'à ce qu'il passe, que vous allez arriver à un résultat ! Faîtes plutôt tous les exercices préparatoires, découpez les difficultés en travaillant le cheval morceau par morceau.
Et puis, souvent, il faut aussi voir si le cavalier ne demande pas mal l’exercice.
Je vois souvent des cavaliers se démener sur leur cheval. Même en concours de haut niveau ! On dirait que les cavaliers soulèvent leurs montures avec leurs jambes comme des marionnettes. Et pourtant, quand les choses sont bien apprises, les aides sont sensées devenir de plus discrètes. Où est l’entendement dans tout cela. Pourquoi le courant ne passe-t-il pas entre le cheval et le cavalier. La selle aurait-elle un pouvoir isolant ?
J’ajoute à cela que trop de gens systématisent leur travail. C’est tous les jours la même chose dans ce rectangle sombre, poussiéreux, et UNE heure pile ! Dites-vous que le cheval, blasé par la routine, finit toujours par rechigner à la tâche. Allez dehors, faites le sauter, diversifiez le travail, faites des séances plus courtes (dépêchez-vous de réussir l'exercice nouveau pour pouvoir le récompenser en mettant pied à terre, c'est le meilleur moyen pour qu'il comprennent ce que vous lui voulez), et surtout : jouez avec lui.
Un bon moyen pour apprendre à écouter son cheval, apprendre à le comprendre, à l’observer, c’est de le travailler à pied (doubles longes, longues rênes, promenade en licol ou même à cheval).
Le cheval vous perçoit alors comme un autre cheval et vous garde toujours à l’œil. Il apprend à vous connaître.
Quant à vous, vous allez comprendre ce qui ne va pas dans les déplacements et les réactions du cheval car pour aller pouvoir l’observer de l’extérieur, un peu comme une âme sortie de son corps.
Et puis, n’ayant pas à lutter pour tenir en selle, vous aller pouvoir concentrer votre esprit sur vos actions exclusivement. Vous serez alors comme animé d’une intelligence accrue.
Bref, essayez de comprendre ce qui se passent dans la tête de votre animal, prenez le du bon côté. Soyez diplomates, compréhensifs... Servez-vous de ses préférences pour avancer dans le travail.
Dernier conseil, si vous voulez apprendre un nouvel exercice, échauffez le temps nécessaire (n’oubliez pas que vous aussi, vous devez être échauffé) sans déjà créer de l’énervement, tentez l’exercice, et dès que vous l’obtenez, sautez bas du cheval, récompensez le en allant au pré, ou au boxe avec des carottes, ou même en promenade. Mais surtout, flattez-le, récompensez !
Il faut que le cheval sache quand il fait mal mais aussi quand il fait bien.

Remarque :

  • N'oubliez pas que le débourrage de son propre cheval est une occasion inestimable pour en faire un vrai compagnon...
  • De plus, n'imaginez pas que la connivence vient du jour au lendemain. Il faut du temps pour apprendre à se connaître et s'apprécier.
  • Enfin, monter d'autres chevaux peut vous apprendre la psychologie équine. L'expérience est utile pour apprendre à réagir comme il faut.

En résumé, le tact, c’est faire attention à son compagnon, faire des choses avec lui et non pas se servir de lui comme d’une machine. Il a des sentiments, un cœur ! Ne l’oubliez pas.


Le trot avec extension

Pensez-vous que tous les chevaux aient les mêmes dispositions pour un trot avec une extension de l’antérieur (nécessaire au trot moyen, au trot allongé, voire dans les trots stylisés) ?
NON ! Comment cela ?
Je ne parle pas de l’extension du corps du cheval. Je ne parle que du geste de devant, geste qui se retrouve dans les trots cités plus haut.

Il existe, à mon sens, trois types de chevaux :

a) Ceux qui savent dès le plus jeune âge, faire une extension de l’antérieur.
b) Ceux entre deux : qui ne savent pas au début mais qui, avec des assouplissements dans le but de rendre le cheval délié dans ses allures, finit par avoir un trot de félin. Le dos mis en place, l’épaule déliée et le corps assoupli dans son ensemble, il finit par donner des petites extensions de l’antérieur dans des allures simples, dites de base ou encore naturelles. Ce geste peut, bien entendu, être perfectionné après...
c) Ceux qui ne savent pas, même en faisant tous le travail d’assouplissement, travail qui doit être fait quand même car c’est la base de tout le reste.
Mais comment y arriver, alors ?
Après toute la préparation nécessaire (assouplissements et travail des allures de base dans la légèreté et la décontraction), on rassemble le cheval et quand celui-ci y est (pas du jour au lendemain), on utilise cette force contenue dans le rein pour atteindre l’extension d’allure. Ce n’est bien évidemment pas une recette de cuisine. Ce n’est pas parce que vous prenez un cheval à l’aise dans le rassembler et que vous tenter l’allongement sur base de cette impulsion que vous allez réussir du premier coup !
Il faut enseigner cette technique au cheval en lui apprenant à s’asseoir, à tendre ses ressorts, puis à les détendre vers l’avant. C’est la leçon suivie de la contre leçon.
Dans cette détente, il faut garder le cheval avec de la flexibilité dans les hanches (issue du rassembler), de l’équilibre, de la cadence et de la légèreté. Le rythme (c'est-à-dire la puissance du geste, tant devant que derrière) sera le perfectionnement.
Rassembler, puis partir en avant en tombant sur les épaules n’est pas la bonne méthode. Parfois, un peu de pas espagnol permettra de gymnastiquer l’épaule. Mais gare aux fautes en concours...
De fil en aiguille, le cheval apprendra l’extension du trot.
Attention à la vitesse car s’il faut en prendre au début, n’oubliez pas que c’est au détriment de la flexibilité de l’arrière-main ! La vitesse fait tomber sur l’épaule... Le but est de rester dans une cadence qui se rapproche de celle du trot rassemblé qui précède.

Imaginez un tuyau d’arrosage que vous pincez avec vos doigts.

  • Si vous pincez juste, un mince jet d’eau filera loin.
  • Si vous pincez trop fort : rien.
  • Si vous lâchez tout : un gros jet inutile tombe sur vos pieds.

Et puis, n’oubliez pas de continuer à pousser dans l’extension ! Eviter le cheval qui se retient. Et de grâce, ne l’enfermez pas!

Maintenant, même un cheval qui sait faire ce geste d’extension au départ, doit apprendre à le perfectionner avec du rassembler. Ce rassembler doit être présent dans l’allongement en termes de flexibilité. Non seulement ce sera un perfectionnement qui rendra le geste plus spectaculaire, mais ça évitera d’avoir un cheval qui frime devant et se traîne derrière.


Le changement de pied

J’ai souvent vu des cavaliers changer de pied au galop et je constate une lacune chez beaucoup. Ils gesticulent pendant le changement de pied pour soulever le cheval avec la force de leurs jambes alors que tout est censé se passer avant l’action proprement dite. Baucher ne dit-il pas « L’action précède l’action » ? De plus, on dirait qu’ils n’ont pas réfléchi à la mécanique de leur monture...

Qu’est-ce que ça veut dire ?
Je pense que tout vient de la qualité de vos aides pour le départ au galop et de la souplesse de votre cheval pour changer son incurvation de côté avec aisance et légèreté (sans lui arracher une dent).
Tout le reste, c’est de la décoration.

Pourquoi un tel discours ?

Une proposition d’apprentissage du changement pied...
Prenez le temps d’apprendre à votre cheval à partir sur n’importe quel pied (galop, contre galop), n’importe où (dans un coin, sur la piste, au milieu du manège, sur la route, dans des pentes..., depuis le trot, le pas, l’arrêt et le reculer) avec le maximum de légèreté (n’oubliez pas de récompenser). Il faut que le cheval fasse ses départs en restant toujours dans l’équilibre (ne pas plonger en avant et précipiter : cadence).
Parallèlement à ça, vous devez pouvoir incurver votre cheval au galop dans tous les sens (sans aller contre les contraintes mécaniques comme par exemple un appuyer vers la droite dans un galop pied gauche = faute).
Ces exercices doivent évidemment être bien appris dans les allures inférieures avant de les entreprendre au galop.
Le but du jeu est d’arriver à mettre la croupe en dedans (ou dehors) ou pas, l’épaule devant, en dedans (ou contre-épaule) ou pas, le tout au galop et au contre galop, et de pouvoir redresser votre cheval puis de nouveau l’incurver sans devoir vous battre, sans perdre l’équilibre, la cadence et la légèreté.
Vos aides doivent devenir à ce point discrètes qu’un simple déplacement d’assiette suffise. Beaucoup d’entendement s’impose. Cette discrétion est l’aboutissement. Au début, les aides seront grossières et très visibles.
Une fois que vous aurez l’impression d’avoir tout le cheval en votre pouvoir, que ce soit les départs en équilibre et cadence (il n’est pas question de rassembler ici mais juste d’un cheval qui avance et ne tire pas) ou les plis (sans que ça ne devienne un tic ou une défense = le cheval ne peut pas tortiller...), commencez à enchaîner des départ au galop suivis de transitions au pas voire arrêt (dans le calme !) puis, changez le pli, et alors seulement reprenez le galop sur l’autre pied. Faites cet exercice en dessinant un huit de chiffre.
Ensuite, sans excitation, raccourcissez le moment de transition jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus et que le cheval change en l’air.

Toute la différence avec les changements de pieds que je vois arrachés est, qu’avec cette façon de faire, une fois le changement de pied appris, lorsque vous entamer votre diagonale au galop, le cheval incurvé dans le sens du galop, vous avez enseigné au cheval et à vous-même l’habitude de se remettre droit avant de changer le pli de côté (par déplacement d’assiette et un geste de main léger et fin).


Mai 2007

L’assiette du cavalier

J’entends souvent les gens parler d’une bonne assiette quand un cavalier est collé dans sa selle. Cette logique est, à mon sens, un peu trop simpliste.

Il est vrai qu’à certain moments du dressage, il faut avoir beaucoup de présence, se coller dans la selle pour s’imposer sur des chevaux récalcitrants, ou faire passer des exercices sujets à défenses.
Mais la généralisation de cette assiette en bêton me pose problème.
Pourquoi ?

Ne perdez jamais de l’esprit que le dos de votre cheval est une colonne vertébrale et pas une poutre. Cette colonne doit onduler pendant les mouvements, les déplacements, un peu comme un piano.
Quand vous vous asseyez de façon à vous écraser dans la selle, dites-vous que c’est comme si vous aviez soudé une partie de ses vertèbres. Vous empêchez au cheval, par votre présence forte, d’arrondir son dos. Il se raidit et finit même par avoir mal au dos.
Des années d’un tel travail conduisent à des chevaux ensellés dans beaucoup de clubs.
Certains cavaliers vous diront : « Quand j’ai mal au dos, mon cheval à mal aussi. »

Que doit-être une bonne assiette, en dehors de ces moments de fermeté utiles, mais à ne pas généraliser ?

  • Elle doit être légère c’est-à-dire ne pas cogner ou peser sur le dos du cheval.
  • Elle doit être présente à certains moments, et se faire oublier le reste du temps.
  • Elle doit accompagner le mouvement avec discrétion l’essentiel du temps, sans quoi le cheval sera vite blasé. A d’autres moments, elle retiendra le cheval pour le ralentir, ou le poussera plus ou moins fermement, selon sa générosité à répondre.
  • Vous ne devez pas le déséquilibrer en vous penchant à l’envers de la mécanique du cheval, sauf si c’est voulu (pour le désensibiliser ou lui apprendre l’équilibre => voltige).

En résumé, elle doit être telle que vous ayez l’impression de ne faire qu’un avec votre monture. Monter est certes un sport, mais quand je vois certains cavaliers descendre de leur cheval en transpiration, le visage rouge et dégoulinant, je me pose des questions... Et puis monter en force et sans liant est très mauvais pour votre dos !

Vous vous en douterez, je ne peux parler de l’assiette du cavalier sans évoquer ce que doit être une bonne position...


La position du cavalier

Tenez vous droit, bombez le torse en avant, tirez les épaules en arrière, mettez les coudes au corps, rentrez la pointe des pieds, ...
Le manche de brosse dans le dos, ça vous rappelle des souvenirs ?
Waw ! Quel programme ! Et surtout quel sport !

Ne trouvez-vous pas que pour atteindre cette position « académique », il faut cambrer le dos ? Avez-vous déjà monté un cheval qui rue dans cette position, ou simplement un cheval qui bouge beaucoup ? Un vrai plaisir, non ? Vous avez mal à l’entre-jambes ? Hommes ou femmes, vous êtes légion à vivre les mêmes douleurs...

Quelle position alors ? Celle où vous vous sentez bien, d’abord. Car si l’équitation doit être une torture plutôt qu’une détente, laissez tomber...

Existe-t-il une position permettant d’allier efficacité, confort et esthétisme ? Oui !

D’abord, choisissez une selle qui vous va. Une selle à votre taille, creuse, où vous pourrez vous enfoncer sans vous planter sur le pommeau, où vous n’avez pas les jambes qui filent en avant. Vous devez avoir l’impression que vous ne faîtes qu’un avec la selle. Si vous la trouvez dure, si vous sentez des bosses, changez-la !

Ensuite, apprenez à vous asseoir en avant dans la selle et laissez vous descendre dans le creux en arrondissant le bas du dos. Imaginez que vous devez faire rebondir une balle sur votre ventre. Bon ! C’est exagéré, mais vos abdominaux travaillerons. Ca, c’est sûr ! Cette position est non seulement confortable, mais elle permet en plus à votre dos d’onduler pendant les mouvements du cheval. Elle vous permet aussi de vous protéger des chocs, au contraire d’un dos cambré. Elle fait appuyer le poids de votre corps sur les fesse (vous savez, ces choses moelleuses qu’on a derrière pour s’asseoir...) et non pas sur les ischions. J’ajoute que cette position, en vous permettant de vous pencher en arrière avec facilité, vous aide aussi dans les prises d’assiette (votre dos bombé est comme un ressort qui catapulte le cheval si besoin). En plus, si le cheval tire sur les rênes, vous serez dans une position plus pratique pour le reprendre, et s’il trébuche, vous serez à l’abri.

Vous verrez très vite qu’avec cette position, vous utiliserez votre corps comme un grand amortisseur, sans plus vous raidir. Votre musculature se relâchera, vous vous laisserez aller dans la selle, desserrerez vos jambes. Le sport intense laissera la place à une équitation moelleuse et pleine de réflexes. Vous aurez enfin tous vos esprits pour agir avec réflexes et précision. Quant au cheval, il se sentira libéré de l’étau que vous lui faisiez subir.


La descente des mains et des jambes deviendra possible.
Vous pourrez même vous offrir le luxe de faire attention aux détails comme les coudes au corps, la pointe des pieds, le regard en avant...

Notez bien que l’esthétisme sera de plus en plus prononcé au fur et à mesure que les aides deviendront plus discrètes.

Enfin, il y a une vérité incontestable : sur un cheval qui se porte de lui-même, dans l’équilibre, la légèreté, avec de la flexibilité dans l’arrière main, vous ne pouvez que tombez juste dans la selle ! C’est le cheval qui vous montre comment vous mettre.
Par opposition, un cheval sur les épaules vous obligera à emprunter une position grossièrement penchée en arrière, ou fausse.


En résumé, c’est cette position de confort, de sécurité, de fœtus, qui massera votre dos au lieu de le transformer en compote.
Bonne kinésithérapie !


Octobre 2008

Proposition de définition de la légèreté

Le cavalier et le cheval forme un couple dans lequel doit exister de la collaboration et non de la contrainte.
Pour inviter sa monture à faire des mouvements, le cavalier doit fournir le minimum d'efforts. On parle plutôt d'aides, d'indications.
Imaginons que l'ensemble des forces mises en oeuvre par le couple soit 100%. Plus le cheval se rapprochera de 100 et plus le cavalier sera près de 0, plus on pourra parler de légèreté.
Les cavaliers que l'on voit le visage rouge et luisant de sueur, la respiration bruyante..., ne montent pas avec légèreté mais avec force. Ils sont loin de 0, et leurs chevaux, contraints par toute cette force, finissent par se blaser et s'éloigner de 100.

Petite remarque, la légèreté est un but. Personne ne dit qu'elle doit exister dès le débourrage d'un cheval. On parle plutôt de tact...
A méditer.


Piaffé et piaffé

Il existe toutes sortes de piaffés, plus ou moins bons. Mais si on ne considère que les bons, il n'y en a plus que deux : le piaffé trotté et le piaffé passagé. Sur une photo, on ne verra pas la différence. Mais sur film, l'un aura l'air d'un trot rassemblé, sur place et cadencé, tandis que l'autre aura l'air d'un passage rassemblé, sur place et cadencé. Qu'est-ce que ça change allez-vous me dire ? Il y en a un qui est stylisé, plus élégant, plus dansant.
A mon sens, un piaffé passagé, s'il est exécuté avec flexion des hanches, sera supérieur en beauté.


Quelle façon pour rassembler ?

Je ne parlerai pas du travail à réaliser pour amener un cheval au rassembler. j'en aurais pour des heures...
Je propose simplement un avis sur la façon de travailler ce rassembler. Deux manières de faire s'offrent au cavalier :
- pousser au maximum et tenir dans les mains afin d'éviter que le cheval ne plonge en avant,
- pousser tant que les cheval reste léger en mains.
Vous voyez où je veux en venir ?
La première façon est souvent utilisée. C'est vrai qu'une fois que le cheval a accepté de s'assoir sur ses hanches, il cède de partout. Il devient léger. Mais la route est parfois longue et semée d'embuches pour arriver jusque là. En gros, bonjour les ampoules aux mains, préparez une ambulance près de la piste et faites venir un psychologue pour animaux.
La deuxième façon est plus douce. Elle consiste à travailler constamment la légèreté sur la main et faire augmenter l'impulsion tant que cette légèreté demeure. Rien n'interdit de parfois dépasser ce seuil "léger => dur en mains" pour muscler plus ou même voir les possibilités de votre cheval, mais il faut toujours revenir à la descente de mains, la légèreté. De jour en jour, vous repousserez ce plafond.


Décembre 2008

Sculpture d’allures

Les chevaux ont tous des allures différentes par leur qualité ou leur beauté. Certains modestes, d’autres magiques voire spectaculaires.
Souvent, les cavaliers travaillent leurs chevaux dans le but unique de l’exactitude des allures et des exercices demandés dans les reprises de concours. Un cheval « placé », juste dans ses allures, ses transitions, ses mouvements, ...
Ceux qui ont un cheval aux allures modestes font avec. Ceux qui ont un cheval à allures, routinent jusqu’à éteindre et avoir tout juste en concours.
Rare sont ceux qui entretiennent les allures, les cultivent, les développent, ou encore les créent !
Et pourtant, ce dressage là (celui du dresseur) existe !
Les allures peuvent « s’acheter », mais personne n’a jamais dit qu’un cheval ayant une bonne morphologie avec des allures décevantes ne pouvait pas en acquérir par le travail, jusqu’au point de faire croire qu’il est né avec... De même, il n’est pas obligatoire, pour présenter une reprise juste et régulière, d’éteindre les allures. Il est tout à fait possible de travailler en parallèle de la routine et du brillant.
C’est plus difficile mais aussi plus beau !


Janvier 2009

Le travail à pied

Il existe plusieurs formes de travail à pied :

  • La première, le jeu : jouer avec son cheval (dès son jeune âge) permet de l'apprivoiser et d'apprendre à le connaître. Un des côtés utiles est de pouvoir appeler son cheval après une chute en ballade par exemple. Ou même au pré... Connaître ses allures, qualités, manques ou défauts, c'est pas mal non plus. Voir les bobos aussi ! Les américains (chuchoteurs) son fans de ce travail, surtout avec les chevaux sauvages.
  • La deuxième : le travail en liberté.
    Au rond de longe, il permet de faire se défouler le cheval, de le rendre obéissant et d’installer un langage basé sur la voix et la gestuelle. Très pratique avec les poulains.
    En piste, il a les mêmes avantages mais il est possible d’ajouter le saut d’obstacles en liberté (avec un couloir si besoin). Ca donne du souffle au cheval, et personne ne s'accroche dans sa bouche. En plus, pour les cavaliers moins francs à l'obstacle, ça ne demande pas d'effort personnel...
  • Le travail à la longe : plus orienté vers une première forme de discipline, de concentration. Le cheval apprend les commandements, une cadence, prend du souffle... Il peut aussi sauter des barres ou passer des cavalettis...
  • Le travail aux doubles longes : idem que précédemment mais avec la possibilité d'agir plus sur la cadence, l'équilibre, le ramener voire le rassembler, mais aussi la décontraction, la détente => leçon / contre leçon.
  • Le travail aux longues rênes : utile pour un travail de dressage plus poussé, sans gêner le cheval par le poids du cavalier et avec la possibilité d'observer l'effet des actions sur la qualité des allures. N'ayant pas envie de courir inutilement, le dresseur à pied est plus prompt à corriger les erreurs de cadences. Il y a également d'autres avantages : le cavalier à pied est toujours plus patient, il a plus de tact. Il s'arrête plus souvent pour récompenser. Le travail à pied permet de pousser plus loin le rassembler ainsi que les assouplissements. C'est aussi un formidable moyen pour enseigner des allures stylisées comme le pas espagnol, le piaffer le passage, et la rectitude !
    Lorsque l’apprentissage du rassembler est chaotique, émaillé de grosse défenses, être à pied comporte moins de danger...
  • Le travail à pied (rapproché) : idem que précédemment mais en se plaçant à côté de l'épaule du cheval. A faire pour l’apprentissage des jambettes, des flexions (Baucher, Raabe), ...


Bien entendu, tout le monde n'aspire pas à apprendre des allures stylisées. Retenons simplement que le travail à pied transforme le cavalier en un dresseur doté de deux qualités : le tact et l'observation. Il est possible d’aborder le travail à pied en ne pratiquant que certaines des ses variantes. A chacun de faire ce qu’il préfère...
Dans certaines situations de stress comme le chargement dans un van, une intervention vétérinaire, c'est bien utile de connaître son cheval autrement que sur son dos et c'est également bien utile que lui nous connaisse et ait appris à nous faire confiance. C'est le concept du « leader » des américains (Pat Parelli).
La haute école est le luxe d’un dressage intelligent...


Février 2009

L'intérêt du pas espagnol

Le pas espagnol est une spécialisation du pas où le cheval élève et tend l’antérieur en avant, de manière plus ou moins spectaculaire.
Pour apprendre cette allure, il faut commencer pas enseigner la jambette à l’arrêt. Et puis on demande au cheval de reproduire cette jambette en marchant, avec un antérieur et puis l’autre.
Un bon stock de pommes, de sucre et une patience infaillible sont indispensables.

Le passage et le trot espagnol peuvent être obtenus à partir du pas espagnol. Un petit défaut quand même : le passage appris ainsi ne sera pas rassemblé si vous oubliez de solliciter l’arrière main. Pareillement au trot espagnol bien qu’il soit plus difficile d’asseoir un cheval qui tend l’antérieur à l’horizontale. Ceci étant dit, plus vous fléchirez l’arrière main, plus le cheval sera à l’aise pour tenir une suspension devant sans tomber sur l’épaule.

En dehors de son côté spectacle, cette allure de parade amène des avantages sur la motricité générale du cheval.
En effet, le cheval mis au pas espagnol apprend à dégager son antérieur plus tôt, à lever son épaule et son antérieur plus haut, et à déposer son pied plus loin. On parle de gymnastique de l’épaule.
Avec du doigté, il est possible de faire appel à ce mouvement au pas et au trot sans forcément « espagnoliser » l’allure. Il s’agit d’une stylisation d’allure.
Qu’est-ce que cela signifie ?
En faisant ce soulevé de l’épaule et de l’antérieur, le cheval va forcément marquer un temps de suspension dans son allure. Ce geste détaché, pourvu qu’il soit exécuté de façon ralentie, donne de l’élégance à l’allure. On parle de suspension dans le trot, d’allure détachée et brillante.

  • Au pas, on a le pas d’école et le pas à extension lente.
  • Au trot, on a le trot passagé et le passage. On peut avoir du trot passagé dans le trot de travail, le trot moyen, le trot rassemblé et le piaffé (voir plus haut Rélexions#Piaffé et piaffé). Le trot allongé étant un trot dans lequel le cheval s’étend (allure totale où les compas sont ouverts au maximum), il est mécaniquement difficile de la styliser sans rééquilibrer le cheval, le cadencer plus et donc revenir au trot moyen. Essayez et vous comprendrez...

Lorsqu’un cheval exécute l’un de ces trots avec cette suspension élégante qui donne une impression d’allure passagée, on dit qu’il danse. Les gens disent que le cheval a des « allures ». Cette élégance existe naturellement chez des chevaux d’un certain prix mais elle peut être apprise via le pas et le trot espagnol. Si tel est le cas, il faut retenir le cheval dans son envie de tomber dans les allures espagnoles, mail il ne faut pas trop retenir non plus ! Un postérieur qui traîne dans une allure stylisée, ça gâche le spectacle.

Petit avantage supplémentaire : il existe des chevaux qui ont du mal à tendre les antérieurs. C’est un problème pour les trots moyen et allongé. Grâce au pas espagnol, on peut gymnastiquer l’épaule et le membre pour palier à ce défaut.

En conclusion, cette technique permet de donner des allures à un cheval qui n’en a pas (c’est de la sculpture d’allures, une métamorphose), mais c’est aussi une bonne gymnastique thérapeutique pour celui qui ne dégage pas ses antérieurs tôt assez (bloquant le chemin aux postérieurs qui trouvent les traces où ils sont censés venir se poser ou dépasser, occupées), et/ou qui implose en restant en dessous de lui avec son avant main (plutôt dans les rassemblers). Cette implosion est très répandue dans les rassemblers (comme le piaffé) mais elle existe aussi dans les allures de base.

Nuno Oliveira
Nuno Oliveira (début)